Ampelmann Vert
Exposé avec un groupe étudiant lycéen, Berlin, Potsdamer Platz
Ampelmann Rouge

La philosophie du projet

Berlin Mémoire est né d’une conviction simple : la mémoire n’est pas un devoir. C’est une liberté. Le « devoir de mémoire » — cette injonction scolaire et civique héritée des années 1980 — présuppose qu’il existe une mémoire officielle, collective, obligatoire. Une mémoire qu’on visite comme on remplit une case.

Berlin Mémoire propose autre chose : la liberté de choisir ce qu’on veut se rappeler, comment, et pourquoi. Pas de liste imposée. Pas de case à cocher. Aucune culpabilité si on préfère le Musée de la Céramique au Mémorial des Juifs assassinés d’Europe. Parce que l’idéal démocratique n’est pas la loi de la majorité, mais la protection des minorités — y compris des mémoires minoritaires, fragiles, oubliées.

Le chimiste français Antoine Lavoisier énonçait en son temps : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Pour le travail de mémoire, je propose : « Rien ne s’oublie, tout se transmet, à la condition de bien vouloir conserver une trace de l’information et de pouvoir vulgariser la pensée scientifique avec rigueur et honnêteté intellectuelle ».

La distinction fondatrice

Mémoire n’est pas histoire. Les deux concepts ne sont pas antagoniques : bien au contraire, ils sont parfaitement complémentaires. L’histoire est collective, critique, documentée. Elle cherche la vérité des faits. Elle nous aide à comprendre le passé pour mieux appréhender le présent. La mémoire est personnelle, sélective, émotionnelle. Elle cherche le sens — pour soi, pour nos sociétés, pour aujourd’hui, pour les générations suivantes. D’une certaine manière, la mémoire permet un positionnement moral, éthique, et reflète notre rapport au passé.

Berlin est la ville au monde où cette distinction est la plus visible. Ses mémoriaux, ses musées, ses quartiers ne racontent pas seulement ce qui s’est passé. Ils posent une question permanente : que choisissons-nous de transmettre et sous quelles formes ? Par extension, une autre interrogation surgit : comment vivre les cultures mémorielles ?

Berlin Mémoire ne prétend pas détenir de quelconque vérité. Si les faits énoncés sont rigoureusement exacts, ils sont sujets à interprétation. Les avis et opinions développés ici n’ont pour vocation que de susciter l’intéressement, le débat et la discussion. Au lecteur la liberté de penser par lui-même.

Julien Drouart

Originaire de la région lilloise, je vis à Berlin avec ma famille depuis 2011. Docteur en Histoire de l’Université Lille 3, j’ai consacré mes recherches aux identités politiques et à la représentation publique dans l’entre-deux-guerres.

Pendant plus de dix ans, j’ai guidé des milliers de personnes – professeurs, étudiants, touristes – dans les mémoriaux et musées à Berlin et à Oranienbourg. J’intervenais au Musée de la RDA, au Mémorial du Mur de Berlin, au Mémorial de la Prison de la Stasi, au Mémorial des camps de Sachsenhausen, au Centre de documentation de Marienfelde, ainsi qu’au Musée des Alliés. En ville, mes circuits conduisaient les visiteurs à la découverte des mémoriaux et de l’espace public. Je me suis également adonné aux conférences en ligne. Désormais, je poursuis mon travail de transmission au Mémorial de la Prison de la Stasi.

Berlin Mémoire est le prolongement écrit de mon engagement pédagogique — la mise à disposition de mon expertise et de mes réflexions sur le travail de mémoire, ses formes et ses réalités. Pour la vulgarisation de la pensée scientifique et pour un tourisme éclairé. Ma conception de la mémoire a été influencée par les œuvres des artistes Claude Lanzmann et Christian Boltanski. D’un point de vue historiographique, j’attache une grande importance aux travaux académiques d’historiens tels Robert O. Paxton et Pierre Nora.

Mode d’emploi du système de notation

Berlin Mémoire évalue les musées, les mémoriaux et les lieux selon la qualité intrinsèque d’une part, l’expérience mémorielle et touristique d’autre part.

Pour la qualité intrinsèque, une note étoilée de 0 à 5 classe du moins bon au meilleur. Les critères sont la valorisation du lieu, l’accès à l’information, la muséographie, le concept de l’œuvre et son esthétique. L’importance historique n’entre pas en compte dans la notation.

Pour l’expérience mémorielle et touristique, la notation est un Conseil aux visiteurs sur quatre niveaux. Il s’agit de définir si tel espace mérite d’être visité en priorité dans le cadre d’un séjour plus ou moins court à Berlin. Par conséquent, la qualité de l’œuvre seule ne suffit plus : les critères sont l’accessibilité, le temps de visite et le nombre de choses à voir. Bref, la destination vaut-elle le déplacement ?

  1. Incontournable : expériences supérieures, lieux à ne pas manquer pendant le séjour
  2. Recommandé : expériences solides, promesses tenues
  3. Secondaire : expériences intéressantes, visites non prioritaires ou à réserver aux passionnés
  4. Dispensable : expériences faibles ou contraignantes, à éviter si le temps est compté.
Mémorial du Mur de Berlin
Couloir des cellules, Mémorial de la Prison de la Stasi, Berlin Hohenschönhausen
Zone Neutre, Mémorial de Sachsenhausen, Oranienbourg

Commentaires de visiteurs

Julien, le guide, attentionné avec les participants (notamment avec nos parents âgés), a rondement mené sa visite en développant notre esprit critique grâce à son engagement et sa pédagogie sur le travail de mémoire engagé par la ville de Berlin sur les crimes commis par les nazis pendant la guerre. Julien restera un des meilleurs passeurs d’histoire que l’on ait rencontré. Visite Berlin Nazi

Julien est un guide hors pair, d’une éblouissante culture, clair et objectif dans son propos, nous amenant intelligemment à comprendre l’histoire de l’Allemagne jusque dans ses échos actuels. Trois heures passionnantes sur un circuit thématique où chaque halte fait l’objet d’une explication fouillée non dénuée d’émotion mais aussi d’humour. Jeanne, visite Berlin-Est

​Julien nous fait découvrir Berlin en cassant les images toutes faites, en nous donnant son avis, et nous invitant à nous forger le nôtre. Il devrait y avoir plus d’intellectuels, comme Julien qui ont un savoir sans doute immense, et qui arrivent à nous le vulgariser avec humour, passion et amour de sa ville. Jean-Marc, visite Berlin Classiques