Le Mémorial du Tränenpalast à Berlin se situe dans le bâtiment d’origine de l’administration est-allemande chargée du transit légal entre l’Est et l’Ouest. Il est aujourd’hui un lieu de mémoire largement affaibli en raison de la suroffre d’informations.
Le traumatisme de la séparation

Paul Korecky, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
La fermeture de Berlin-Ouest à partir d’août 1961 entraîne la radicalisation de l’État policier est-allemand. On emprisonne les réfractaires par centaines. On entrave les voies de communication et les contacts entre les personnes des deux côtés demeurent proscrits jusqu’à l’hiver 1961/62. La séparation des familles constitue un traumatisme qui marquera la mémoire collective pendant près de 30 ans.
En 1962, la politique de la main tendue permet une certaine détente. La RDA autorise les familles de se retrouver. Seuls les Allemands de l’Ouest peuvent se rendre de l’autre côté du mur. La réciproque est impossible, en tout cas pas avant la normalisation entre les deux États, une dizaine d’années plus tard. La RDA construit alors un bâtiment de transit près de la gare de Friedrichstraße, à Berlin-Est donc. C’est ici que les Berlinois de l’Ouest en visite à leurs proches leur faisaient leurs adieux. C’est le lieu des déchirements : Tränenpalast signifie littéralement « Palais des Larmes ».
À partir des années 1970, la gare devient le lieu d’expulsion des candidats à l’émigration, c’est-à-dire ceux qui avaient fait une demande officielle pour quitter définitivement le territoire. La RDA en faisait rarement la publicité. Le Tränenpalast acquiert dès lors une aura particulière : la défiance et la résistance. Après la Réunification, le bâtiment accueille un club de jazz assez populaire jusqu’en 2006. En 2011, l’Allemagne inaugure le mémorial en présence de la Chancelière Angela Merkel.
Une exposition datée et mal conçue

Paul Korecky, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
Le Mémorial du Tränenpalast se situe dans le bâtiment de l’ancien poste-frontière. Son aspect extérieur n’a pas été altéré par les travaux de rénovation post-Réunification et dévoile une étonnante architecture au revêtement céramique. L’élément principal demeure le verre, ce qui symboliserait une volonté de transparence mais qui, à l’époque de la RDA, n’était qu’une illusion. À l’intérieur, cette étrange combinaison produit au contraire un effet de malaise et d’enfermement.
La surface de l’exposition se limite à l’ancien grand hall. Dans cette salle unique, différents modules de taille inégale présentent chacun une approche thématique ou chronologique différente. Toutes les grandes dates sont abordées pêle-mêle : 1949 et la fondation des deux États allemands, 1953 et les révoltes en RDA, 1961 et la fermeture de Berlin-Ouest, 1989 et la chute du Mur de Berlin. Entre deux événements, des stations plus spécifiques renseignent sur le système frontalier et accessoirement sur le Tränenpalast. On remarque en particulier une superbe maquette illustrant le fonctionnement du transit des voyageurs. Quelques objets et pancartes d’époque se trouvent à côté de stations audio et vidéo, malheureusement très bruyantes.
L’ordre de visite s’effectue autour des anciens guichets d’enregistrement, pièces centrales du mémorial et majoritairement fermés au public. Toutefois, les modules sont trop nombreux et surchargés sans réel développement. Leurs sujets sont beaucoup trop vastes pour un si petit espace et il en résulte le sentiment de survoler les questions sans pouvoir les approfondir. L’excellent audioguide comble en partie ce manque de profondeur. Néanmoins, c’est le signe que l’exposition ne peut se suffire à elle-même.
Les méfaits de la muséalisation

Matthias Süßen, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Le Mémorial du Tränenpalast souffre d’un problème de définition. Quand bien même le bâtiment serait un lieu de mémoire, la muséographie est d’abord celle d’un musée, et non d’un mémorial. Cela s’explique entre autres par le fait que le Tränenpalast soit rattaché à la Maison de l’Histoire de la République fédérale d’Allemagne. Cette fondation a permis la création à Bonn d’un remarquable centre de documentation et à Berlin de l’excellent Musée de la Vie quotidienne en RDA. C’est donc moins un travail de mémoire que d’histoire politique.
En cherchant à muséaliser le Tränenpalast, les administrateurs ont annihilé la portée émotionnelle au profit d’une maximisation de l’information. Le résultat est très discutable et interroge sur les motivations de certains historiens et pédagogues en quête d’exhaustivité et de projets.
Une alternative aurait été de considérer le Tränenpalast pour ce qu’il est avant tout : un lieu de mémoire. La mémoire des pleurs et de la séparation des familles. Celle des peurs et de la froideur bureaucratique. Celle de l’espoir, de l’exil et du renouveau. Ces mémoires pourraient reposer sur deux choses déjà disponibles : les éléments biographiques et les lieux d’origine. Les informations strictement académiques peuvent être abordées dans un centre de documentation. À ce titre, le Tränenpalast peut s’inspirer des exemples du Mémorial du Mur, de celui de la Prison de la Stasi et de celui aux Morts de l’Armée allemande.
Conseil aux visiteurs : Secondaire
Informations pratiques
| 📍 Adresse | Reichstagufer 17, 10117 Berlin |
| 🚌 Accès | S-Bahn 3/5/7/9, U-Bahn 6 → arrêt Friedrichstraße |
| ⏰ Horaires | Mar-Ven : 9h–18h / Sam–Dim : 10h–18h |
| 💶 Tarifs | Gratuit |
| 🕐 Durée conseillée | 30 à 60 minutes |
| 👶 Enfants | À partir de 12 ans |
| 🌐 Site officiel | Tränenpalast |


