Le bunker d’Adolf Hitler n’existe plus. Pourtant, les touristes continuent à le chercher. Berlin ne sait pas comment gérer cet engouement. Il est inutile de se rendre sur le site, au nom de l’oubli.

Un héritage pesant

Panneaux explicatifs, Bunker d’Adolf Hitler, Berlin Mitte

OTFW, Berlin, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Adolf Hitler est une figure honnie de l’histoire. Il est le principal responsable des crimes commis sous le régime national-socialiste et de la domination sur la majeure partie du continent européen. Il est responsable de l’extermination des Juifs d’Europe, de la mise en œuvre du plan général de l’Est, de l’élimination systématique de toute opposition et du meurtre massif sous couvert d’un racisme absolu. Son idéologie ne peut être dissociée de son application, car les principes édictés par Hitler étaient intrinsèquement criminels et génocidaires.

Cela peut sembler banal de résumer sommairement les crimes du national-socialisme. Cependant, un tel préambule s’avère nécessaire. Il est essentiel de rappeler certains faits historiques, car ils ne doivent pas être raccourcis. Les crimes ne sont pas à relativiser et Adolf Hitler et ses complices ne bénéficient d’aucune circonstance atténuante. Avec ce cadre posé, évoquons l’héritage mémoriel effroyable que le dirigeant allemand a laissé à la ville de Berlin.

Catharsis ou tourisme obscur ?

Considérer le Berlin d’aujourd’hui à l’aune de son passé hitlérien est le fait d’une minorité. De plus, les motivations sont diverses et souvent contradictoires.

Dans les années 2010, des personnes septuagénaires ont entamé des « pèlerinages introspectifs ». Venant de France, d’Italie, d’Israël ou d’ailleurs, elles marchaient sur les traces d’un parent déporté ou emprisonné pendant la guerre. Parfois accompagnées de leur famille, cette épreuve difficile a eu pour beaucoup un effet cathartique et a permis une forme de réconciliation. La mémoire était ici entretenue par les deux parties.

D’autres, en revanche, ne sont pas guidées par des sentiments personnels. Leur démarche suit généralement les codes du « tourisme obscur ». Ces personnes souhaitent être confrontées à une réflexion critique qui, loin du travail de commémoration, doit leur permettre de définir leur identité morale. Par conséquent, leur démarche privilégie les lieux emblématiques du crime.

Le « tourisme obscur » s’oppose au travail de mémoire, car la dimension éducative est négligée. Son approche morale s’inscrit néanmoins dans une logique de devoir de mémoire. Ce phénomène prend tout son sens à Berlin autour du mythe du bunker d’Hitler, le Führerbunker.

Désacraliser Hitler ?

Après la guerre, l’ancienne Chancellerie du Reich fut entièrement détruite par les autorités soviétiques. On souhaitait avant tout effacer de l’espace public un symbole du pouvoir hitlérien pour éviter qu’il ne devienne un lieu de rassemblement pour les nostalgiques du régime. Du bunker où Hitler a passé ses derniers jours, il ne reste plus aucune trace. À son ancien emplacement, on trouve désormais des immeubles résidentiels, une aire de jeux pour enfants, un parking. Il n’y a donc pratiquement rien à voir.

Pourtant, les participants aux circuits touristiques pédestres s’y bousculent quotidiennement, se prennent en photo, tentent de plonger dans le passé. Leur présence valorise le lieu, lui donnant une importance que l’histoire même lui a refusée. On pourrait aussi se poser des questions sur l’apposition d’une plaque informative rappelant l’événement et détaillant les plans du bunker. Cette mise en scène de l’absence invite à l’imaginaire, aux références culturelles habituelles (notamment le film La Chute d’Oliver Hirschbiegel) et à la surexploitation d’un fait historique qui, finalement, perd son authenticité pour devenir du divertissement.

À ce titre, un musée privé à Berlin a reconstitué le bureau d’Hitler et propose une visite. L’expérience est essentiellement récréative et s’inscrit dans le contexte général de banalisation. Les critiques à l’encontre de cette démarche rétorquent que la démystification et la désacralisation de la figure d’Hitler permettent de déconstruire plus facilement son mythe.

La place de l’oubli

Au-delà de l’opposition entre les différentes approches de l’événement historique, le travail de mémoire offre une alternative : l’oubli. En effet, l’oubli est une seconde mort, et l’oubli est un choix. Berlin a le droit de renoncer à l’héritage hitlérien sans pour autant nier l’existence du fait historique. Autrement dit, cet héritage peut être oublié.

De nombreux mémoriaux rendent hommage aux victimes de l’hitlérisme. D’autres s’attaquent au problème inverse et traitent des bourreaux. La Topographie de la Terreur présente les deux aspects de manière très pédagogique. Berlin peut laisser à l’histoire le souvenir du lieu de la mort d’Adolf Hitler et n’a pas besoin d’en faire la publicité.

Conseil aux visiteurs : Dispensable

  • Rien

  • Tourisme obscur

Informations pratiques

📍 AdresseGertrud-Kolmar-Straße 14, 10117 Berlin
🚌 AccèsS-Bahn 1/2 → arrêt Brandenburger Tor
⏰ Horairesn/a
💶 Tarifsn/a
🕐 Durée conseilléen/a
👶 Enfantsn/a