Le Mémorial Trains pour la vie, pour la mort (Züge in das Leben – Züge in den Tod) à Berlin commémore devant la gare de Friedrichstraße l’exil d’enfants juifs et pleure les victimes des déportations sous le régime national-socialiste.
La communauté juive face à l’exil

Avi1111 dr. avishai teicher, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
L’arrivée des nazis au pouvoir s’est traduite immédiatement par une série de lois et décrets discriminatoires à l’encontre de la communauté juive allemande. Le pays connaît alors une première vague d’émigration. Il s’agissait pour la plupart d’intellectuels et de personnes ayant compris la particularité de l’antisémitisme national-socialiste.
En 1935, commence une deuxième vague avec beaucoup de jeunes qui, à la suite des lois raciales de Nuremberg, réalisent qu’ils n’ont plus aucun avenir en Allemagne. Certains émigrent en Palestine, aux États-Unis et même à Singapour, mais la majorité reste en Europe et s’installe dans les pays limitrophes. Cependant, le mouvement reste réduit car, face à l’exil, beaucoup se posent la question : partir, mais pour aller où ? Aussi demeurent-ils, malgré les persécutions, dans le pays où ils sont nés et qu’ils aimaient.
Les pogroms de novembre 1938 font figure d’électrochoc dans la communauté juive qui cherche par tous les moyens à quitter l’Allemagne. Malheureusement, les pays occidentaux sont également rongés par l’antisémitisme et l’émigration devient presque impossible. Ainsi, la communauté juive britannique organise des convois d’enfants pour les faire sortir du pays. Il ne s’agit pas d’émigration car ces enfants sont censés revenir en Allemagne après un temps de travail dans des fermes ou dans des familles d’accueil. D’ailleurs, les Juifs exilés avancent aux autorités des pays tiers le prix du billet retour. Le 1er décembre 1938, un premier convoi quitte la gare de Friedrichstraße à Berlin avec près de 200 enfants et adolescents à son bord. Un mémorial commémore désormais l’événement.
Une vision manichéenne

Miriam Guterland, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Dans une petite allée passante, entre la gare de la Friedrichstraße et l’entrée d’une bouche de métro, un monument représente sur un piédestal deux groupes d’enfants partant dans deux directions opposées. En contrebas, se trouve un rail de chemin de fer.
Les premiers sont resplendissants. Ils sont les enfants de la chance. Ce qu’on suppose être un frère et une sœur avancent d’un pas décidé, le sourire aux lèvres et la valise à la main. Les seconds sont hésitants, effrayés. Ils portent des loques et leur valise cassée contient une poupée démembrée. Les uns iront vers la vie ; les autres vers la mort. Ces destins divergents se remarquent également à la teinte du métal : sombre ou éclairé. Ce manichéisme dérange car les enfants de la chance connaissaient aussi l’angoisse, la peur et peut-être pour certains le sentiment d’avoir été abandonnés par leurs parents.
On ne distingue pas les informations au premier regard. Elles se découvrent dans les renfoncements du mur de la gare. Des encarts chronologiques renseignent sur les convois d’enfants et la déportation. Malheureusement, ils se situent au-dessus de marches où s’assoient des personnes en situation de précarité. La configuration des lieux n’invite pas à l’étude, ni à la commémoration d’ailleurs. Dans le passage, les usagers du train ou du métro poursuivent leur cheminement habituel et rares sont ceux qui s’y arrêtent encore.
Le piège du dualisme

Avi1111 dr. avishai teicher, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Le mémorial Trains pour la vie, pour la mort pèche par un dualisme trop affiché. Les enfants de la chance n’existent qu’en opposition aux enfants déportés et réciproquement. En somme, le bonheur des uns ne peut être véritable sans le malheur des autres. Le Bien et le Mal se trouvent exacerbés dans une mise en scène parfois dérangeante : d’un côté, la démarche dynamique du garçon sous le regard admiratif de la fillette ; de l’autre, des adolescentes protectrices à la figure maternelle.
Le mémorial est l’ouvrage de l’artiste Frank Meisler, qui fut sauvé justement grâce aux convois d’enfants en 1939 et dont les parents furent assassinés pendant la Shoah. Sa première réalisation consacrée à cette thématique se situe en gare de Londres. Un seul groupe d’enfants est représenté : ceux qui viennent d’arriver. Leurs visages sont craintifs face à l’inconnu mais aussi soulagés. Pour les passants d’aujourd’hui, ces statues sont celles de voyageurs ordinaires et c’est probablement ainsi que les considéraient les Londoniens à l’époque : dans l’anonymat d’une gare.
Malheureusement, le monument berlinois introduit les enfants des trains pour la mort et appelle à l’empathie. Par conséquent, il engage moralement les passants à Berlin : détourneront-ils le regard comme l’avaient fait avant eux les Allemands non-juifs d’hier face à l’antisémitisme ? La question peut être posée dans un ensemble fermé, mais elle ne peut l’être aussi frontalement dans l’espace public. Se concentrer exclusivement sur les enfants des trains pour la vie aurait été bien plus judicieux. Le mémorial aurait posé pleinement les thématiques de l’exil et du renouveau, invitant l’Allemagne à voir son passé sous un angle différent.
Conseil aux visiteurs : Dispensable
Informations pratiques
| 📍 Adresse | Georgenstraße 14, 10117 Berlin |
| 🚌 Accès | S-Bahn 3/5/7/9, U-Bahn 6 → arrêt Friedrichstraße |
| ⏰ Horaires | 24h/24, 7j/7 |
| 💶 Tarifs | Gratuit |
| 🕐 Durée conseillée | 10 minutes |
| 👶 Enfants | À partir de 14 ans |


